Le vélo en carton, une bicyclette pour tous

Nous sommes toujours plus sensibles aux questions liées à l'environnement et beaucoup choisissent des méthodes alternatives de transport au-delà des voitures encombrantes et autobus traditionnels. Les bicyclettes, en ce sens, ont toujours été un véhicule faisant l'unanimité, étant flexible, non polluante et permettant en même temps de se maintenir en forme. Chaque année, des conceptions alternatives de vélo surgissent ça et là. L'une d'elles propose l'utilisation du carton pour former la structure principale de la bicyclette, y compris le cadre, la fourche, les bielles, les roues, la selle… employant ainsi un matériau de fabrication bon marché, issu du recyclage, accessible à tous, quelque soit la zone de vie et le niveau de pauvreté. Si ces projets dont nous avions entendu parler il y a quelques années ne font plus vraiment parler d'eux ces temps-ci, c'est justement pour raviver la flamme que nous en reparlons ici aujourd'hui, si jamais ça peut donner des idées à nos lecteurs, en ce Jour de la Terre 2016.

Vélo en carton d'Izhar GafniEn 2012, l'ingénieur israélien Izhar Gafni a développé l'idée et a montré au monde entier son vélo en carton : pignon fixe, rayons, jantes, bielles, guidon, cadre, selle,… presque tout (90%) est fabriqué en carton recyclé. Toutes les partie en carton sont vernies pour résister à l'humidité, alors que les pneus et la courroie de transmission proviennent de la réutilisation de leurs homologues usagés issus de voitures. Il pèse à peine 9,1 kg et est compatible avec des utilisateurs de jusqu'à 135 kg.

L'idée de Gafni était de construire une usine pour soutenir une production « à grande échelle » du vélo en carton, ce qui l'a motivé pour réunir les fonds par crowdfunding avec l'objectif de récolter les 2 millions de dollars dont il a avait besoin pour tout mettre en œuvre. Cependant, ça n'a pas vraiment marché, puisqu'il n'a pu obtenir que 2 % de son objectif. Le vélo avait un prix annoncé de 20$ (18€), correspondant au prix de vente en production massive, mais pour la version de lancement, comme il pouvait être vérifié depuis la campagne de crowdfunding, le coût total avoisinerait les 290€, dont 40€ pour l'expédition. L'idée de fond avait également une motivation sociale : étant fabricable à partir d'un matériau récupérable localement, les conditions étaient idéales pour disséminer la production un peu partout dans le monde, pour que la vente s'effectue dans la région avoisinante avec le moins d'intermédiaires et transports possibles, et la création locale d'emplois qui s'en suit.

Vélo en carton de Phil BridgePour tout vous dire, Gafni n'était pas exactement un pionnier. Par exemple en 2008 déjà, un étudiant en conception anglais, Phil Bridge, avait présenté un prototype plus rudimentaire de vélo en carton. On estimait alors qu'elle aurait pu être produite et vendue pour un coût total de 15€ environ. Bien qu'elle soit plus fragile que la bicyclette de l'ingénieur israélien, puisqu'on ne pouvait l'utiliser que jusqu'à un poids de 77 kg, son axe de pédalier et les freins étaient métalliques et elle montait des pneus conventionnels. Elle avait une durabilité estimée à 6 mois environ en conditions d'usage constant.

Même si ces projets de vélos en carton ne sont pas arrivés à un état de maturité suffisant pour être disponibles sur le marché comme les vélos en bois ou ces choppers électriques artisanaux partiellement en bois, leur simple existence est un jalon important. Les techniques de fabrication, en particulier sur le pliage du carton, se sont affinées pour rendre l'idée réaliste et les prix peuvent atteindre un niveau réellement bas pour le bénéfice des populations les plus défavorisées. Il n'y a plus vraiment de mouvement sur le site web d'Izhar Gafni, ce qui laisserait penser que les choses stagnent. Cela dit l'état d'avancement est allé bien plus loin que le prototype, la faisabilité du produit est démontrée et ouvre la porte à l'emploi du carton dans bien d'autres domaines. De quoi encourager les futurs concepteurs débordant d'imagination à utiliser ce matériau bon marché, de faible empreinte écologique et abondant même au niveau local. Allez, faut y aller ! Dixit Raoul Petite

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